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MOSQUEE

 

La mosquée est censée être un lieu de culte et de dévotion. Mais au Sénégal, elle est aussi l’usine de recyclage des retraités et une institution de promotion de personnes à la recherche de statut social. Ainsi, on y trouve de tout. Des Imams sans aucune connaissance de l’Islam, des muezzins qui ne savent pas appeler à la prière, de la bagarre, des insultes, des gangs, du mystique, du  chantage,… Bref, de la vraie pagaille dans la Maison de Dieu.

 

RIXE ENTRE IMAMS, GUERRE DE TENDANCE

La nouvelle arène religieuse

 

Il ne se passe pas une semaine au Sénégal sans que l’on entende parler d’un fait divers dans les mosquées. Et très souvent, ce sont des cas d’insultes, de bagarres, de coups bas, de cabales ou d’une histoire des gangs à l’intérieur des Maisons de Dieu. EnQuête vous fait un listing qui ne prétend guère à l’exhaustivité.

Ce jour-là, les fidèles qui s’étaient réveillés tôt le matin pour chercher la connexion avec le Seigneur ne s’attendaient sans doute pas à assister à un spectacle aussi triste dans la Maison de Dieu. Des insultes dans une mosquée ! La scène a eu lieu la semaine dernière au quartier Djiby Sarr, situé dans la commune de Pikine-Ouest. L’heure de la prière de l’aube a été la pomme de  discorde. Un vieux avait indiqué à l’intention du Nahib (l’adjoint de l’imam) que c’était le moment de prier. Une remarque peu appréciée par le  destinataire qui estimait que ce n’était  pas encore le moment. Pour ne pas cacher sa colère, le Nahib accuse le fidèle d’avoir empiété sur ses prérogatives, lui rappelant au passage qu’il n’était pas habilité à donner des directives dans ce sens. A la fin de la prière, une dispute a éclaté. Ce fut un tohu-bohu. Les nerfs se sont chauffés et il s’en est suivi une pluie d’insultes que l’on croyait réservées aux matchs de Navétane ou  séances de lutte, tellement les mots étaient crus. L’imam qui était en retard, a tenté de les faire revenir à la raison, sans succès. N’eût été l’intervention des témoins, les vieux protagonistes allaient en venir aux mains.

Pourtant, cet exemple est loin d’être un cas isolé. Les conflits ouverts ou larvés au sein d’une mosquée sont légion au Sénégal. Et ils atteignent de plus en plus des proportions inquiétantes. Un Imam qui tabasse son nahib, des disciples qui se bagarrent en pleine prière pour une question de leadership. Des familles qui s’affrontent perpétuellement, parce que se disputant l’Imamat… La liste est loin d’être exhaustive et  certains ont même abouti tout simplement à la fermeture de la Maison de Dieu.

L’on se rappelle encore qu’en décembre dernier, à Rufisque, la grande prière du vendredi ne s’était pas tenue à la mosquée de Diorga Montagne. La concentration des fidèles a été perturbée par une violente bagarre entre les deux Imams de la mosquée. Kalidou Guèye et El Hadji Ibrahima Sakho ont eu une violente altercation, chacun estimant devoir diriger la prière. Les partisans des deux Imams ont chacun apporté un renfort à leur mentor, dégénérant ainsi la situation. Il a fallu l’intervention de la police du commissariat urbain appelée à la rescousse par des témoins pour contenir la furie des protagonistes. Selon les natifs de ce quartier, la cohabitation dans cette mosquée construite en 2010 a toujours été problématique. A l’origine de cette rixe, une opposition entre deux camps : celui de l’Imam El Hadji Ibrahima Sakho, disciple tidjane, pratiquant la Wazifa et la Hadratoul jumma. Et celui des membres de la dahiratou Ibadou rahmane, sous la coupe de Seydou Kalidou, qui peine à tolérer une telle pratique.

 

C’est d’ailleurs dans ce même quartier de Rufisque qu’un Imam pratiquant-karatéka a agressé son nahib en 2014. A l’époque, il avait passé la célébration de la tabaski à Rebeuss pour les délits de coups et blessures volontaires. A Ouakam, il a fallu l’intervention du Sous-préfet des Almadies pour mettre fin à une histoire qui opposait un disciple d’une confrérie aux fidèles d’une mosquée. Les fidèles de la mosquée se disaient dérangés par les zikr venant  de la maison du monsieur ; laquelle fait face à la  mosquée. Ils ont alors décidé de hausser le volume de la sonorisation aux heures des appels à la prière. Pour riposter, le propriétaire de  la maison achète une sonorisation de dernière génération pour mettre ses zikrs à l’heure où le muezzin faisait l’appel à la prière. Ce qui créa une cacophonie totale à laquelle l’autorité administrative finira par mettre fin avant que l’affaire n’atterrisse à la gendarmerie de Ouakam.

L’exemple de Niary Tally est sans doute le plus cocasse. Dans ce quartier populaire de Dakar, deux séances de prière se sont déroulées à la même heure dans une même mosquée. Chaque partie s’est rangée derrière l’imam qu’elle s’est choisie.

A vouloir citer tous  les exemples, on finirait sans doute par écrire un livre. A Ziguinchor, une mosquée est restée fermée pendant des années faute d’avoir trouvé un imam consensuel. A Kolda, il y a de cela quelques semaines, les héritiers d’un imam et les bénéficiaires d’un financement pour le même lieu de culte se sont affrontés  dans le sang. Dans certaines localités, on voit deux édifices séparés de quelques mètres et qui  peinent à faire le plein même les vendredis. Pour la plupart, ce n’est rien d’autre que le symbole d’un différend entre deux guides religieux ou deux groupes de camps opposés. A Kaffrine par exemple, dans le quartier Ndiombène, on retrouve 5 mosquées dans un rayon d’un kilomètre. Ce que ne saurait justifier la densité de la population dans cette ville. Et pourtant, tout ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. Autant il y a des conflits entre  Imams, autant il y en a entre Nahib (adjoints), entre Bilal (muezzins) et même ceux qui cherchent une place personnalisée. Même dans les commissions, on se donne des coups d’épaule pour se faire une place. Il faut sans doute être naïf pour croire  que tout cela répond aux besoins de s’approcher du Tout-Puissant. Au contraire, les raisons sont à chercher ailleurs.

 

PAR CHIEKH THIAM(EnQuête)

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