Présence massive des entreprises françaises au Sénégal - L’Arcade dénonce ‘’une recolonisation économique’’ - Ligne Directe, site d'informations
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Demba Moussa Dembélé

 

Les derniers contrats d’exploration que le gouvernement a signés avec la société française Total ont poussé la Fondation Rosa Luxembourg et ARCADE (Africaine de Recherche et de Coopération pour l’Appui au Développement Endogène) à axer leur dernier samedi de l’Economie sur la mainmise des entreprises françaises au Sénégal.

Le 02 mai 2017, le ministre porte-parole du gouvernement annonce le limogeage de son collègue de l’Énergie et du Développement des Energies renouvelables, à travers un court communiqué. Aucune explication sur les raisons de ce divorce n’a été avancée. Mais il est vite apparu dans la presse que  la cause immédiate de ce clash entre le chef de l’Etat Macky Sall et Thierno Alassane Sall est liée aux deux contrats d’exploration que le gouvernement a récemment paraphés avec la firme internationale Total. Ce contexte actuel a poussé la Fondation Rosa Luxembourg et ARCADE à débattre ce samedi, de ‘’la mainmise des sociétés françaises sur l’économie sénégalaise’’. En effet, la signature de ces deux contrats avec le géant Total a fait dire au président de l’ARCADE, Demba Moussa Dembélé, que ‘’nous sommes dans un processus de recolonisation’’. D’ailleurs, cette présence de Total dans le pétrole sénégalais vient renforcer, dit-il, l’omniprésence des entreprises françaises dans l’économie sénégalaise. Parmi ces sociétés, M. Dembélé cite Necotrans, présente au Port autonome de Dakar, Eiffage qui a presque un siècle de présence au Sénégal mais qui s’est surtout distinguée ces dernières années avec ‘’l’arnaque sur l’autoroute à péage’’, la Sonatel ‘’la poule aux œufs d’or de France télécoms’’… ‘’Nous faisons face à une vraie reconquête du marché sénégalais. Une situation facilitée surtout par le F CFA parce que ces entreprises peuvent rapatrier la totalité de leurs bénéfices sans restriction. C’est pourquoi les autorités françaises font tout pour que cette servitude monétaire puisse continuer’’, dénonce l’économiste.

Quant à l’ancien Inspecteur des impôts à la retraite, Alla Kane, il a donné plus de détails sur la présence des sociétés françaises au Sénégal. Selon l’ancien membre du Parti africain pour l’indépendance (PAI), elles sont au nombre de 91 entreprises. Et évoluent dans divers secteurs d’activités notamment les banques (BICIS, SGBS), les télécommunications (Atos, Canal plus, Sonatel), la distribution (Auchan, Casino, City dia), les transports aériens (Air France, Corsair)… ‘’Tout cela constitue des capitaux en destination de la France’’, souligne-t-il. M. Kane qui cite des informations du ministère français des Affaires étrangères rapporte qu’en 2015, les investissements directs français au Sénégal étaient de 1431,300 milliards de F CFA. Pendant la même année, poursuit-il, 5716 entreprises françaises ont exporté vers le Sénégal.

Absence de patriotisme

Toutefois, Alla Kane qui interroge l’histoire informe que cette mainmise des Français sur notre économie trouve son origine aux lendemains des indépendances. D’après lui, en 1960, quand le Sénégal retrouvait sa souveraineté internationale, le pays n’avait presque aucun capital national. Cependant, pour le chroniqueur Mandiaye Gaye, le problème central de cette domination est le ‘’manque de patriotisme’’. Depuis 57 ans, souligne-t-il, le Sénégal n’a pas réussi à se frayer un chemin pour se détacher de l’ancienne puissance colonisatrice. Aussi, aux dires de l’ancien membre du PAI, le Sénégal manque ‘’d’hommes d’affaires patriotes capables d’investir et de remplacer les Français’’. ‘’Au Sénégal, il n’y a que des entreprises familiales ou individuelles. Les gens ne pensent jamais à se regrouper pour mettre en place une société dynamique capable d’investir’’, reproche-t-il. Si cette donne ne change pas, Mandiaye Gaye pense que le pays de la Teranga est parti pour être longtemps à la merci de la puissance colonisatrice.

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